Ça fait plus de deux ans que je blogue sur ces pages. Avant ça, j'ai eu des
skyblogs pendant l'adolescence et un blog photos aussi. Les autres tentatives de
blogging, on ne les comptera pas parce qu'elles sont mortes dans l'oeuf (ou la malédiction du blog à un seul article). Je suis d'une génération pour laquelle
bloguer c'est plutôt commun, même si certains ont vécu la période skyblog et sont passés à autre chose.
Les gens de mon âge s'affichent sur Facebook et communiquent davantage par sms et par internet que par la parole. Quand j'écoute mon père qui ne comprend pas ce qui nous motive à poster des photos de nous sur Facebook et que nos réseaux sociaux effraient complètement (je n'exagère même pas)(si toi aussi tes parents t'envoient des chaînes de mails comme quoi Facebook c'est super dangereux, tape m'en cinq), je vois bien qu'il existe un
gouffre entre nos rapports à internet et à l'anonymat. J'essaierais bien de lui expliquer qu'il n'y a
aucune différence entre poster une photo de soi sur Facebook et marcher dans la rue mais ce serait peine perdue.
Quand j'ai commencé à bloguer ici, je le faisais pour pouvoir
exprimer tout ce que je ne dis pas à mes proches pour des raisons diverses: parce qu'ils ne partagent pas mes centres d'intérêts, parce que je ne les embête pas avec mes états d'âme ou parce que je n'ai pas envie qu'ils sachent ce que j'ai sur le coeur. Au départ, c'était effectivement un blog qu'on pourrait qualifier de
journal presque intime. Je m'étais inscrite sur
Hellocoton pour pouvoir suivre mes blogs préférés et je n'aurais jamais imaginé que je pourrais un jour avoir 300 abonnés. Quand j'ai ouvert le blog,
j'ai créé une adresse e-mail exprès pour ne pas afficher la mienne avec mon nom dedans. Je m'étais lancée dans un contexte anonyme que j'ai remis en questions plusieurs fois.
D'abord, quand
avant de créer ce blog-ci, j'en avais créé un autre, un mois auparavant, sur lequel mon copain de l'époque avait fini par tomber en reluquant mon écran d'ordinateur. Heureusement, je n'avais rien raconté de gênant mais
le fait qu'il me lise m'a tout de suite mise très mal à l'aise. Parce que mon blog c'est
mon jardin secret, même quand je ne raconte pas mes états d'âme, et que mes proches y aient accès,
ça me coupe ma liberté d'expression. C'est bête mais c'est comme ça. J'ai pensé à continuer tout de même mais je n'arrivais plus à écrire. C'est ainsi qu'est né le Next Blog et il n'était plus question que qui que ce soit approche de mon ordinateur. Dans ce nouvel endroit, j'ai connu des périodes où je me racontais beaucoup et d'autres moins. Comme je le dis souvent,
le blog a évolué avec moi et pas mal de choses ont changé depuis les débuts.
Parce que j'ai rencontré
le Chat, ensuite. Ça aussi, ça te perturbe l'anonymat. C'est un peu différent parce qu'
au lieu que ce soit quelqu'un qui te connait qui lit ton blog, c'est quelqu'un qui lit ton blog qui fait ta connaissance. Depuis, j'ai plusieurs cowblogueurs qui se sont ajoutés à ma liste d'amis Facebook, qui connaissent mon visage et mon nom. Depuis, j'ai organisé des concours et certaines blogueuses connaissent même mon adresse postale. Qu'est-ce que je fais?
Je disparais et je recommence ailleurs? Non parce que j'ai adopté les lieux. Par contre, je ressens une différence dans ma liberté d'expression mais une
différence nécessaire qui va de paire avec l'évolution dans ma façon de bloguer:
je me raconte moins parce que je me protège davantage. Par obligation mais aussi et surtout par choix. Internet n'est pas un repaire de bisounours.
Et enfin, j'ai reçu des mails de lectrices curieuses. L'une, il y a déjà longtemps, qui me conseillait de montrer mon visage parce que
ça fidélise, on se sent plus proche d'une blogueuse qu'on voit et, étant moi-même une lectrice de blogs, je suis assez d'accord avec cet argument (ça n'empêche pas de se sentir proche d'une blogueuse qu'on ne voit pas). L'autre, la semaine dernière,
qui me demandait justement pourquoi je restais anonyme.
Alors je vais essayer de répondre sans rien oublier parce qu'il y a
plusieurs raisons assez distinctes.
Premièrement, les proches. Même si je blogue de moins en moins de façon intime, j'aime garder
un maximum de liberté dans ce que j'écris
sans avoir à me demander ce que va penser untel ou unetelle. Et autant je sais que
beaucoup de mes amis trouveraient ça rigolo de savoir que j'ai un blog, autant je sais que certains, dans ma famille notamment, trouveraient ça étrange et auraient du mal à comprendre.
Deuxièmement, les lecteurs. Non seulement je me soucie de ce que pensent mes proches mais
je ne suis pas en béton et le problème c'est que, de nos jours,
quelqu'un qui s'affiche doit accepter les jugements et les critiques, chose que je ne suis pas prête à affronter.
"T'as une sale gueule toi, dis donc!", je me le dis suffisamment à moi-même dans le miroir certains matins.
Ce qui me mène à mon troisièmement: l'image de moi. Comme certains d'entre vous le savent, j'ai perdu pas mal de poids cette année. En dehors de ça, je suis une fille
plutôt angoissée et
je n'ai pas autant confiance en moi que certains peuvent le croire. Je me vois mal me prendre en photos dans un contexte où
je ne suis pas à l'aise dans mes baskets et où je suis justement
en plein milieu d'un... processus d'acceptation de soi.
Et dernièrement, tout le reste. Les
recruteurs qui peuvent te reconnaître.
Les usurpateurs d'identité. Les gens qui finissent par te reconnaître dans la rue au fur et à mesure que ta 'popularité' augmente. Toutes ces choses qui ne sont pas forcément négatives mais qui sont totalement
hors de contrôle.
Voilà, je pense avoir bien résumé le sujet. Je trouvais ça intéressant d'en parler ici parce que je sais que
je suis lue par des blogueurs et blogueuses qui pourront me dire comment ils voient les choses de leur côté, et puis parce que ça concerne tous mes lecteurs. Comme je l'ai dit, je tends à bloguer moins intimement et je pense que ça continuera sur cette voie
parce que c'est mon envie mais je tiens aussi à ce que ça reste moi et surtout pas à ce que ça devienne
impersonnel et journalistique.
Parce que l'anonymat n'empêche pas d'y mettre du coeur. D'ailleurs, j'ai pour projet de mettre un peu plus de moi de façon détournée dans des articles à venir...
Et vous, anonymat ou pas?